Cette odeur sur les pieds, de narcisse et de menthe, Parce qu’ils ont foulé dans leur course légère, Fraîches écloses, les fleurs des nuits printanières, Remplira tout mon cœur de ses vagues dormantes ;
Et peut-être très loin sur ses jambes polies, Tremblant de la caresse encor de l’herbe haute, Ce parfum végétal qui monte, lorsque j’ôte Tes bas éclaboussés de rosée et de pluie ;
Jusqu’à cette rancœur du ventre pâle et lisse Où l’ambre et la sueur divinement se mêlent Aux pétales séchées au milieu des dentelles Quand sur les pentes d’ombre inerte mes mains glissent,
Laurence… jusqu’aux flux brûlants de ta poitrine, Gonflée et toute crépitante de lumière Hors de la fauve floraison des primevères Où s’épuisent en vain ma bouche et mes narines,
Jusqu’à la senteur lourde de ta chevelure, Éparse sur le sol comme une étoile blonde, Où tu as répandu tous les parfums du monde Pour assouvir enfin la soif qui me torture !
Patrice de La Tour du Pin La Quête de joie (1942)
La Belle endormie
Vous faites trop de bruit, Zéphire, taisez-vous, Pour ne pas éveiller la belle qui repose ; Ruisseau qui murmurez, évitez les cailloux, Et si le vent se tait, faites la même chose.
Mon cœur, sans respirer, regardons à genoux Sa bouche de coral, qui n’est qu’à demi close, Dont l’haleine innocente est un parfum plus doux Que l’esprit de Jasmin, de Musc, d’Ambre et de Rose.
Ah que ces yeux fermés ont encor d’agrément ! Que ce sein demi-nu s’élève doucement ! Que ce bras négligé nous découvre de charmes !
Ô Dieux elle s’éveille, et l’Amour irrité Qui dormait auprès d’elle, a déjà pris ses armes, Pour punir mon audace et ma témérité.